26. Les terribles enjeux politiques et économiques des guerres coloniales menées par la France

colonisationOù nous voyons, dans toute son ampleur, le brigandage criminel pratiqué par ces « honnêtes gens » que sont les gens de biens … Voici Jules Ferry dans son discours du 28 juillet 1885 devant la Chambre des députés :

« … La forme première de la colonisation, c’est celle qui offre un asile et du travail au surcroît de population des pays pauvres ou de ceux qui renferment une population exubérante. Mais il y a une autre forme de colonisation, c’est celle qui s’adapte aux peuples qui ont, ou bien un superflu de capitaux ou bien un excédent de produits. Et c’est là la forme moderne, actuelle, la plus répandue et peut-être la plus féconde (…) »

« Mais il n’y a pas que cet intérêt dans la colonisation. Les colonies sont pour les pays riches un placement de capitaux des plus avantageux ; l’illustre Stuart-Mill a consacré un chapitre de son ouvrage à faire cette démonstration, et il la résume ainsi : pour les pays vieux et riches, la colonisation est une des meilleures des affaires auxquelles ils puissent se livrer. »

C’est qu’il avait tout compris, notre Jules Ferry national, à tel point qu’il s’était fait le chantre de la colonisation française laquelle, ne serait-ce que dans les faits, ne datait tout de même pas d’hier …

Nous savons, en effet,  grâce aux recherches qu’a pu mener  un certain Lénine, que  l’ensemble des colonies ou protectorats de la France constituaient en 1876 déjà, 0,9 million de kilomètres carrés pour 6 millions d’habitants ;  or, à la veille de la première guerre mondiale, en 1914, celle-ci contrôle désormais 10,6 millions de kilomètres carrés avec 55,5 millions d’habitants. Par comparaison, il faut noter qu’à cette époque, la surface de la métropole n’est que de 0,5 millions de kilomètres carrés, avec 39,6 millions d’habitants.

Le cas de la France n’est cependant pas isolé. Rappelant que « le but de l’impérialisme, c’est d’exporter le capital dans les pays les plus faibles », Lénine met en évidence le processus historique qui a conduit les grandes puissances, dont la France, à se ruer sur des pays entiers afin d’en prendre le contrôle :

« Les peuples qui, de 1789 à 1871, ont combattu la plupart du temps à la tête des autres peuples pour la liberté, sont devenus désormais, après 1876, à la faveur d’un capitalisme hautement développé et « plus que mûr », les oppresseurs et les exploiteurs de la majorité des populations et des nations du globe. Entre 1876 et 1914, six « grandes » puissances ont accaparé 25 millions de kilomètres carrés, soit une superficie représentant deux fois et demis celle de toute l’Europe ! Six puissances tiennent dans la servitude plus d’un demi-milliard (523 millions) d’habitants des colonies. Pour 4 habitants des « grandes puissances », il y en a 5 dans « leurs » colonies. » 

Il est dès lors inévitable que le partage du monde,  réalisé dans un contexte de violence extrême à l’égard des populations colonisées, crée, en outre, entre les nations capitalistes, en tant qu’elles sont en quête constante de sources de matières premières et de débouchés pour l’exportation des capitaux, des conflits d’intérêt dont la résolution, momentanée d’ailleurs, n’est possible que dans la guerre.

C’est ainsi, comme le souligne encore Lénine, que « la guerre n’est pas en contradiction avec les principes de la propriété privée ; elle en est le développement direct et inévitable. En régime capitaliste, le développement égal des différentes économies et des différents États est impossible. Les seuls moyens possibles, en régime capitaliste, de rétablir de temps en temps l’équilibre compromis, ce sont les crises dans l’industrie et les guerres en politique. »

N’est-ce pas là un système qui porte en lui-même le germe de sa propre destruction ?….

Renvoyée définitivement dans les nimbes de la bienheureuse époque des Lumières, la libre concurrence économique entre des Etats censés négocier sur un pied d’égalité,  fait place à  un système de brigandage où il s’agit  de forcer un « partenaire » à se soumettre, en échange d’une « contrepartie », mais aux conditions qu’on entend  lui imposer… jusqu’à provoquer, à plus ou moins longue échéance, sa ruine.

Il en est ainsi de l’attitude  des monopoles qui, selon ce que nous en dit Lénine,  « introduisent partout leurs méthodes : l’utilisation des « relations » pour des transactions avantageuses se substitue, sur le marché public, à la concurrence. Rien de plus ordinaire que d’exiger, avant d’accorder un emprunt, qu’il soit affecté en partie à des achats de produits dans le pays prêteur, surtout à des commandes d’armements, de bateaux, etc. »

Or, c’est ce genre de procédé auquel la France avait très souvent eu recours pendant les années 1890-1910. En voici l’une des péripéties rapportée avec force détails par Lénine lui-même :

« La France, créditrice de la Russie, a « fait pression » sur elle lors du traité de commerce du 16 septembre 1905, en se faisant accorder certains avantages jusqu’en 1917. Elle fit de même à l’occasion du traité de commerce qu’elle signa avec le Japon le 19 août 1911. La guerre douanière entre l’Autriche et la Serbie, qui dura, sauf une interruption de sept mois, de 1906 à 1911, avait été provoquée en partie par la concurrence entre l’Autriche et la France quant au ravitaillement de la Serbie en matériel de guerre. En janvier 1912, Paul Deschanel déclarait à la Chambre que les firmes françaises avaient, de 1908 à 1911, fourni à la Serbie pour 45 millions de francs de matériel de guerre.» 

Quelques années plus tard, comble d’ironie, une grande partie du peuple français sombrerait corps et âmes sous un déluge de fer et d’acier.

 Christine CUNY

Publié dans : Non classé |le 6 juin, 2018 |Pas de Commentaires »

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